- Le Château de Rochecotte -

Si l’étymologie du nom n’est pas douteuse, Rochecot ou Rochecotte, c’est la Roche du coteau, son histoire par contre n’est connue avec certitude qu’à partir du XVe siècle.

En effet, le premier seigneur connu de Rochecotte est un certain Louis de Marafin, dont le nom figure dans une transaction du 2 avril 1487. Sa veuve, Péronnelle de Liniers, fit construire sur le lieu une chapelle « de la Sainte-Trinité », dont il ne reste aujourd’hui aucune trace.

Leur descendante, Anne de Marafin vendit le 24 avril 1584 la terre de Rochecotte à Anne de Couhé, veuve d’Antoine de la Chasteigneraye.

On retrouve ensuite en 1646 un acte au nom de Gabriel le Bascle, seigneur du Pin et de Rochecot. Le château était encore une véritable forteresse.

On lit en effet sur un document concernant Balthazar le Bascle, fils du précédent :

« je tiens en mon domaine ma maison forte, haulte justice de la seigneurie de Rochecot avecque les tours et guérittes… …le tout renfermé de hautes murailles avecque pont-levis… »

Le 17 novembre 1700 la terre de Rochecot est adjugée à Marie du Bellineau, épouse de René Guillon, trésorier de France en la ville de Tours, lequel à partir de cette date se fait appeler seigneur de Rochecot.

Le petit-fils de René Guillon, Fortuné Guillon, né le 21 janvier 1729, militaire de son état, marié le 20 mai 1760 à Marie-Françoise Doucé du Gué, devient le 11 juin 1764 propriétaire du domaine de Rochecot.

En janvier 1767, le roi érige en marquisat (moyennant finance comme il était d’usage) les terres de Rochecot en soulignant :

« la régularité du château,…. l’étendue de ses bâtiments, …le rendent un des plus beaux de cette province de Touraine. « 

La famille Guillon a au cours du XVIIIe siècle transformé le château. C’est Fortuné qui sans doute fit construire le beau pavillon qui est encore aujourd’hui le plus bel ornement de l’édifice. En 1789, Fortuné apparaît à l’assemblée électorale de la noblesse en tant que marquis de Rochecot. Il mourut et fut inhumé dans le cimetière de Saint-Patrice le 16 juillet 1790. Son fils, Louis-Fortuné Guillon, militaire de son état, donne sa démission de l’armée en septembre 1791 et s’exile. Il rejoint en 1796 les rangs des rebelles de la chouannerie, ce qui vaut à sa mère (Marie-Françoise Doucé du Gué) de sérieux ennuis. Trahi par les siens,

Louis-Fortuné est arrêté à Paris le 28 juin 1798 et fusillé sur le Champ-de-Mars le 7 août suivant. Ainsi disparut le dernier marquis de Rochecotte, cependant que son domaine est déjà mis sous séquestre.

Les écuries,
bâtiment inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

 

L’aile sud,
Les terrasses à l’italienne

Le 11 janvier 1804, le château et une partie de ses dépendances sont vendus à Jean-François-Louis Blain, avocat à Tours. L’achat est fait en réalité pour le compte de Mme Goddes de Varennes, autorisée par son mari (lui-même émigré amnistié). Mais Mme Goddes de Varennes n’est autre que Marie-Françoise-Adélaïde Guillon de Rochecot, sœur de Louis-Fortuné. L’administration s’estimant trompée s’oppose à cette transaction, mais en 1814 une loi prescrit la restitution des biens séquestrés et Mme Goddes de Varennes se retrouve propriétaire de la forêt de Rochecot puis du château (le 23 février 1821). Deux jours plus tard elle meurt en son château.

Elle laisse pour héritière une fille unique, Auguste-Fortunée-Marie-Gabrielle, mariée à Pierre-Vincent-Gatien de la Motte Baracé, marquis de Sénonnes.

 

Les relations de la population de Saint-Patrice et d’Ingrandes-de-Touraine avec la famille Guillon furent au cours du XVIIIe siècle souvent difficiles. (On lira à ce sujet avec intérêt l’ouvrage « Pour quelques arpents de landes tourangelles » d’André et Monique Ligne aux éditions C.L.D.)

Pour se libérer de leurs charges, la marquise et le marquis de Sénonnes vendent le 12 janvier 1824 le domaine au chevalier René Delaselle de Ligné qui, le 30 avril 1828, le revend 400 000 F à Mme Dorothée, princesse de Courlandes, épouse d’Alexandre-Edmond de Talleyrand-Périgord, duc de Dino.

A partir de 1828 la duchesse de Dino entreprend de remanier le château de fond en comble. Elle fait notamment construire l’aile occidentale et remanier la façade. Pendant près de 20 ans, elle se rendra régulièrement à Rochecotte, y fera de longs séjours avec son oncle le prince de Talleyrand et y recevra en sa compagnie des hôtes illustres. Talleyrand meurt en 1838, Dorothée fait alors transformer en chapelle la chambre habituelle de l’oncle disparu.

Le 17 août 1847, la duchesse de Dino fait don de sa propriété de Rochecotte à sa fille Pauline, épouse d’Henry, marquis de Castellane, député demeurant à Paris. Elle repart à la fin de sa vie dans sa principauté de Sagan, en Silésie prussienne. Elle y meurt le 19 septembre 1862.

Pendant plus de 40 ans, Mme de Castellane fera de longs séjours en famille à Rochecotte. Elle s’intéresse à la vie locale et contribue à de nombreuses réalisations. Née en 1820, elle meurt en son château de Rochecotte le 12 octobre 1890 et est inhumée au cimetière de Saint-Patrice. A son fils Antonin de Castellane revient la propriété de Rochecotte.

 

Antonin de Castellane a trois enfants. C’est Charles-Stanislas qui, à la mort de son père décédé en 1917, deviendra propriétaire de Rochecotte.

En 1934, le frère de l’épouse de Charles-Stanislas de Castellane, Terry Y Sanchez, achète la propriété. Il meurt le 11 décembre 1969 après avoir légué Rochecotte à son petit-neveu, Henri-Jean-Marie de Castellane, petit-fils de Charles -Stanislas et de sa sœur.

Le 16 janvier 1978, Henri-Jean-Marie vend le château, ses 446 hectares, fermes et dépendances, à la société  » Marcel Joly et Cie « . A partir de cette date, la propriété est démembrée, les objets et le mobilier dispersés.

Le 26 octobre 1984, le château est acheté par l’actuel propriétaire, M. Pasquier, qui le transforme en hôtel de haut standing.

 

(Informations extraites du bulletin de la Société Archéologique de Touraine-année 1987- Communication A. Montoux)